épeler


épeler

épeler [ ep(ə)le ] v. tr. <conjug. : 4>
XV e; espelt XIe; frq. °spellôn « raconter »
1Nommer oralement successivement chacune des lettres de (un mot). Voulez-vous épeler votre nom ? Épeler les mots d'une dictée. Les sigles sont épelés.
2Absolt, vieilli Apprendre, commencer à lire (en épelant les mots avant de les lire). « Il n'est pas croyable que la femme qui sait lire s'estime au prix de l'homme qui ne sait qu'épeler » (Suarès).

épeler verbe transitif (francique spellôn, expliquer) Nommer successivement les lettres composant un mot. ● épeler (difficultés) verbe transitif (francique spellôn, expliquer) Conjugaison Attention à l'alternance -ll-/-l- : il épelle, nous épelons ; il épelait ; il épela ; il épellera. ● épeler (synonymes) verbe transitif (francique spellôn, expliquer) Nommer successivement les lettres composant un mot.
Synonymes :
- ânonner

épeler
v. tr. épeler un mot, un nom, énoncer une à une, dans l'ordre, les lettres qui le composent.

⇒ÉPELER, verbe trans.
A.— Usuel.
1. Nommer une à une et dans l'ordre toutes les lettres (d'un mot, d'une syllabe). Épeler lentement, correctement, lettre à lettre (un mot). J'ai été obligé d'épeler le nom de Van Lerberghe pour me faire comprendre (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 41) :
1. Nous lisons de deux manières : le mot nouveau ou inconnu est épelé lettre après lettre; mais le mot usuel et familier s'embrasse d'un seul coup d'œil, indépendamment des lettres qui le composent; ...
SAUSSURE, Cours de ling. gén., 1916, p. 57.
[Avec un compl. d'obj. interne] Épeler ses lettres. Dès qu'Elzéar put épeler ses lettres, elle lui apprit à lire dans la Bible (VOGÜÉ, Morts, 1899, p. 34).
Emploi abs. :
2. LE CAPITAINE, levant le falot. — Ici, c'est le tableau d'arrière d'une barque qui a péri.
DON RODRIGUE. — Je ne puis pas lire.
LE CAPITAINE, approchant et épelant. — ... T-I-A... Tiago.
DON RODRIGUE. — Santiago?
CLAUDEL, Le Soulier de satin, 1944, 1re part., 2e journée, 6, p. 1017.
P. métaph. Le désespoir l'abattit, il fut sur le point de tout lâcher; il se mata encore, s'astreignit à épeler ses grains [de chapelet]. Il finit par les expédier; il était à bout de forces (HUYSMANS, En route, t. 2, 1895, p. 115). C'est en vain qu'ils retournent pas à pas, de souvenir en souvenir, qu'ils épellent leur vie, lettre à lettre (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 249).
2. P. anal. [L'obj. désigne des chiffres] D'énormes additions dont il épelait patiemment chaque chiffre (ZOLA, Th. Raquin, 1867, p. 10).
B.— P. ext. [P. réf. à la nature analytique de l'exercice]
1. Lire et comprendre laborieusement, mot après mot. Synon. ânonner. Quant à moi, j'épelle toujours le grec. Dieu sait quand je le lirai (FLAUB., Corresp., 1846, p. 248). Emploi abs. Lisant à livre ouvert où d'autres épelaient (DESB.-VALM., Mél., 1859, p. 218).
2. Discerner le détail d'(une chose). J'épèle, en moi, ce qui est l'apport de mon père, ce qui est la part maternelle (COLETTE, Sido, 1929, p. 82). Ce qu'elle voit dans les yeux de Rroû, ce qu'elle lit dans leur profondeur, Clémence l'épelle avec une tendre maladresse (GENEVOIX, Rroû, 1931, p. 238).
Prononc. et Orth. :[eple], (j')épelle []. Enq. : /epel/ (il) épelle. Ds Ac. 1694-1932. Conjug. Devant syll. muette, change [] muet du rad. en [] ouvert. FÉR. Crit. t. 2 1787 et LITTRÉ admettent épelle ou épèle. Étymol. et Hist. 1. Ca 1050 espel[ir] « signifier » (St Alexis, éd. Chr. Storey, 350 : espelt); 2. ca 1145 « nommer successivement chacune des lettres d'un mot » (WACE, Conception Nostre Dame, éd. W. R. Ashford, 1098 : espelant); 1re moitié du XIVe s. espeler (Glossaire du Vatican, 4999 ds ROQUES t. 1, p. 216 : silabicare); la forme espeler vers 1250-80 au sens d'« expliquer » (JACQUES D'AMIENS, Rem. d'am., Körting ds GDF.). De l'a. b. frq. spellôn « expliquer », cf. l'a. h. all. spellôn (attesté ds le comp. gotspellôn « expliquer Dieu, évangéliser », GRAFF t. 6, col. 334; SCHÜTZEICHEL2), m. néerl. spellen « expliquer; épeler » (VERDAM), got. spillon « évangéliser » (FEIST), angl. to spell « épeler ». Les formes en -ir supposant un verbe germ. en -jan, on peut admettre [comme P. Fouché in Verbe français, p. 223, note 1] que espelir remonte à une forme dial. speljan, effectivement attestée en anglo-saxon. Fréq. abs. littér. : 225. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 252, b) 625; XXe s. : a) 352, b) 318. Bbg. WALT. 1885, p. 98.

épeler [eple] v. tr. [CONJUG. appeler.]
ÉTYM. V. 1145, espeler; espelt « signifier », XIe; du francique spellôn « raconter ».
1 Nommer successivement chacune des lettres qui composent (un mot, une suite de mots). || Épeler un mot, une expression. || Épeler les mots d'une dictée, et, par ext., épeler une dictée. || Voulez-vous épeler votre nom ?
0.1 (…) le professeur, parvenu à saisir le nom de Charles Bovary, se l'étant fait dicter, épeler et relire, commanda tout de suite au pauvre diable d'aller s'asseoir (…)
Flaubert, Mme Bovary, Folio, p. 23.
2 (1784). Absolt. Apprendre, commencer à lire. || Cet enfant commence à épeler. || Il épelle bien (→ Croyable, cit. 5).
1 Le soir, elle prenait ma bible Pour y faire épeler sa sœur, Et comme une lampe paisible, Elle éclairait ce jeune cœur.
Hugo, les Contemplations, IV, VII.
3 (XVIIe). Lire lentement, avec difficulté. Ânonner (→ cit. 1). || Épeler un texte, quelques lignes.
2 Depuis longtemps, ce Français cultivé que j'appelle l'homme d'Occident a renoncé à épeler laborieusement le texte grec.
G. Duhamel, Refuges de la lecture, p. 24.
Fig. Déchiffrer.
3 Le monde est à peu près indéchiffrable, mais ceux-là seuls risquent d'en épeler quelques caractères, qui cherchent son âme secrète et se dégagent de ses apparences.
Edmond Jaloux, le Dernier Jour de la création, XVII, p. 228.
DÉR. Épellation.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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